Le Jura Agricole et Rural
Biocarburants : la profession s'interroge
Jura agricole et rural
Publié le:  17 juillet 2008
Page 16 

Les biocarburants fournissent une solution dès aujourd’hui

La précision de Jean-Louis Borloo selon laquelle la Commission européenne envisage 10 % d’énergies renouvelables pour les transports, et non 10 % de biocarburant, laisse les professionnels de l’agriculture interrogatifs : comment mener une politique de transports renouvelables sans les biocarburants ? Pour autant, les responsables des filières biocarburants ne visent pas l’exclusivité. Leurs produits ne sont qu’un élément parmi d’autres énergies alternatives.

Le secrétaire d’état allemand à l’économie Jürgen Homann a confirmé la nouvelle interprétation de Jean-Louis Borloo :
« On a découvert que la proposition (de la Commission européenne) ne parlait pas de biocarburants, mais d’énergies renouvelables ». Cette nouvelle lecture de la proposition de la Commission n’a pas provoqué la colère des professionnels de l’agriculture et de l’agro-industrie, mais plutôt de la perplexité.

« Ma surprise, c’est qu’ils découvrent ! »
« Ma surprise, c’est de découvrir qu’ils découvrent ! », a déclaré Xavier Beulin, s’exprimant le 9 juillet en tant que vice-président de la FNSEA. Xavier Beulin est également président de la Fédération des producteurs d’oléoprotéagineux (Fop), fortement concernés par le biodiesel. « Je vais finir par croire que les politiques sont encore plus volatiles que les marchés ! Pourquoi a-t-on laissé les industriels investir un milliard d’euros en France ? », remarque Xavier Beulin.
Les professionnels ne sont pas prêts de battre leur coulpe. « Au G8, les États-Unis ne renoncent pas à leur programme de biocarburants. Le Brésil encore moins. Nous sommes bien obligés de prendre cette donnée en compte », a-t-il souligné. Mais, pour autant, sans copier les modèles américains et brésiliens. L’Europe doit pouvoir développer un programme de biocarburants mesuré, régulé par des directives. L’encadrement des biocarburants à l’européenne est « plutôt satisfaisant », et évite qu’on engage par exemple 10 à 12 % des surfaces agricoles, comme le ferait une politique de marchés complètement ouverts. Xavier Beulin compte rencontrer Jean-Louis Borloo en juillet, pour parler d’équilibres entre les marchés alimentaires et les marchés non alimentaires et de la responsabilité des politiques de dérégulation. « Je trouve étonnant que les représentants de la finance appellent les états à réguler et que dans le secteur de l’agriculture on ne prône que la dérégulation », a-t-il conclu.
 
Un élément du bouquet
« Les biocarburants sont remis en cause… à la mesure de ce que les filières électriques et de pile à combustible pourront proposer pour les transports ! », a réagi pour sa part Alain Jeanroy, directeur général de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), représentant la filière du bioéthanol.
Les professionnels des grandes cultures et de l’agro-industrie n’ont pas d’autre souhait que d’apporter leur contribution au « bouquet » énergétique et de « faire partie du pool des énergies renouvelables (ENR) ». « Les voitures électriques représentent 0,05 % du parc automobile. Nous n’avons jamais dit qu’il ne faut pas exploiter toutes les nouvelles pistes. Mais il est clair que les biocarburants fournissent une solution dès aujourd’hui », a poursuivi Alain Jeanroy. Il a précisé que si la filière de l’auto électrique veut répondre à l’objectif de 10 % d’ENR dans les transports, il faut que l’électricité soit renouvelable, ce qui, dans l’esprit de la Commission, écarte l’électricité d’origine fossile ou nucléaire.

De son côté, Alain d’Anselme, président du Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA), a repris en substance les réponses faites ces dernières semaines par la commissaire à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, aux remises en cause de la politique qui est menée par la Commission : « La politique de développement des biocarburants n’est pas sortie d’un chapeau. Elle est l’aboutissement d’une demande explicite des chefs d’état et de gouvernement, auprès de la Commission, qui a élaboré des textes », maintenant transposés dans la législation des états membres.   


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