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Prix du lait : un accord à l’arraché
Jura agricole et rural
Publié le:  11 juin 2009
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Producteurs de lait et transformateurs ont fini par se mettre d’accord, le 3 juin, sur le prix du lait, non seulement pour le mois de mai, mais également sur les modalités de fixation du prix pour l’avenir.

Après une journée marathon, le 3 juin, producteurs et transformateurs sont parvenus à un accord tard dans la soirée sur le prix du lait, sous l’égide du ministre de l’Agriculture, Michel Barnier.

Sur proposition des médiateurs, Philippe de Guénin et Pierre Lepetit, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), la Fédération nationale des coopératives laitières et la Fédération (FNCL) et la Fédération nationale des industries laitières (Fnil) ont accepté l’établissement de trois formules d’indicateurs F1, F2, F3(1) prenant en compte l’importance relative des produits industriels, des fromages à l’export et des produits de grande consommation dans le mix produit des entreprises.

Sur ces trois formules, l’accord avait déjà été acquis depuis quelques jours. Il restait à définir la position des curseurs sur laquelle les discussions se sont cristallisées depuis le 28 mai quand le dialogue au sein de l’interprofession a été renoué.

Selon le mix produit des entreprises, le prix du lait devra se situer à l’intérieur des trois niveaux suivants :
• 280 euros/1000 litres pour 20 % de produits industriels (beurre et poudre),
• 272 euros/1000 litres pour 30 % de produits industriels, 262 euros/1000 litres pour 40 % de produits industriels.

À l’origine, les transformateurs proposaient 267 euros/1000 litres pour la formule 1, les producteurs 305 ?/1000 litres, avant d’accepter 280?/1000 litres.

Ces valeurs pourront être réexaminées en septembre prochain en fonction de l’évolution du marché des produits industriels notamment.

Le compromis auquel sont parvenus producteurs et transformateurs porte également sur le partenariat qu’ils ont convenu d’établir pour l’avenir. Les deux parties se sont engagées à établir au sein de l’interprofession laitière un cadre général des contrats. Ce cadre devra faire l’objet d’un accord interprofessionnel au plus tard le 31 décembre 2009. Il comportera notamment un mécanisme de définition du prix et des engagements sur les volumes, indique la FNPL.

30 millions d’euros

Pour arracher l’accord des éleveurs, le Gouvernement a accepté de faire un geste. Michel Barnier a annoncé la mise en place d’un plan d’accompagnement pour les exploitations laitières fragilisées, à travers un allégement des charges financières et sociales et un renforcement du dispositif de modernisation des bâtiments d’élevage. Ce plan mobilisera 30 millions d’euros en 2009. Les modalités de mise en œuvre feront l’objet d’une concertation avec les organisations professionnelles dans les jours qui viennent, assure le ministère de l’Agriculture.

Cette initiative est une première réponse à la demande du président de la FNSEA qui demandait l’intervention de l’État « pour qu’il prenne rapidement des mesures d’accompagnement au revenu des producteurs », compte tenu du prix qui va être payé pour l’année 2009.
Michel Barnier a également confirmé l’annonce qu’il avait faite au congrès de la Fédération nationale des producteurs de lait, en mars 2009 : le gel de l’augmentation des quotas de 1 % pour toute la campagne 2009/2010.

Enfin comme Bruxelles l’a autorisé, la France versera, par anticipation, le 16 octobre prochain, 70 % du montant des aides directes communautaires. Le Premier ministre, François Fillon l’a confirmé.

Et pour faire la pleine transparence sur les prix et les marges, le Gouvernement a décidé de lancer une enquête auprès des entreprises et des centrales de la grande distribution.

Ces données seront communiquées à l’observatoire des prix et des marges que le Gouvernement a installé en mars 2008 et dont les travaux patinent actuellement.

(1) F1 : 20 % PI + 20 % GEE + 60 % PGC.
F2 : 30 % PI + 20 % GEE + 50 % PGC.
F3 : 40 % PI + 20 % GEE + 40 % PGC.
PI : indice de variation de la cotation des produits industriels.
GEE : indice de variation de la cotation Gouda Edam Emmental.
PGC : indice de variation des prix des produits de grande consommation, par convention égal à zéro.


FNSEA : Insatisfaisant mais indispensable

« Malgré la déception des producteurs, fortement mobilisés ces dernières semaines, la FNSEA considère que cet accord était indispensable ». En effet, si la solution n’avait pas été trouvée rapidement, les prix seraient restés à des niveaux catastrophiques. « Les producteurs auraient ainsi été laissés dans le chaos de la volatilité des prix et des volontés des laiteries », ajoute-t-elle. Certains producteurs avaient déjà été informés par certaines laiteries d’un prix compris entre 205 et 217 euros/1000 litres pour le mois de mai !

Pour la FNSEA, « cette signature engage toutes les entreprises » et elle veillera « par observations et par actions s’il le faut, à ce que chaque entreprise respecte intégralement les termes de l’accord ».

Au-delà du sacrifice imposé aux producteurs, la FNSEA demande au Gouvernement de remettre de l’ordre et de la morale dans les relations fournisseurs/distributeurs. « Nous voulons y voir plus clair et nous nous en donnerons les moyens dans les jours qui viennent », menace-t-elle.


Le refus des JA

« 28ct/l, le prix de la honte », « 3 euros de l’heure = esclavage » pouvait-on lire sur les banderoles. Chez les jeunes, en effet, l’accord sur le lait ne passe pas. Une centaine de jeunes agriculteurs qui s’estiment « rackettés » ont bloqué, en début d’après midi, le 5 juin, l’entrée de la rue de Varenne. À quelques centaines de mètres du ministère de l’Agriculture, ils entendaient protester contre le compromis imposé à la filière par le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier sur le prix du lait. Une délégation a été reçue par Gilles Pelurson, son directeur de cabinet.

Les JA dénoncent la flexibilité qui permet de payer différemment les producteurs d’une même zone, entre 262 euros et 280 euros/1000 litres. Et surtout un accord qui ne permet pas aux producteurs de lait les plus endettés, surtout les jeunes, de s’en sortir. « Nous reprochons à Michel Barnier d’avoir mis la tête des agriculteurs les plus fragiles et notamment les jeunes sous l’eau », accuse Michael Poillon, secrétaire général adjoint des JA et producteur de lait dans le Pas de Calais.

Les 30 millions d’euros débloqués par le ministre de l’Agriculture ? Très insuffisant, estiment les JA. Une obole qui ne permettra d’accorder au mieux que 200 à 300 ? à chaque producteur !

Les Jeunes veulent « vivre de leur métier ». Ce qui, au-delà des prix accordés par les entreprises, nécessite une forte implication de l’État dans l’organisation de la filière laitière et un accompagnement spécifique des jeunes agriculteurs et des récents investisseurs (mise aux normes, plan bâtiments…).




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