Les deux syndicats agricoles majoritaires ont expliqué, le 29 octobre et, deux jours après l’annonce d’un plan d’urgence pour l’agriculture par Nicolas Sarkozy, que leur objectif restait d’obtenir des prêts bancaires à un taux de 0 %. Quand le chef de l’État s’est arrêté à 1,5 %.
Depuis le « beau » discours du président de la République, prononcé dans le Jura, le 27 octobre, Xavier Théron, producteur de porcs dans la Somme, ne cache pas son agacement. « Je ne vous abandonnerai pas », avait lancé Nicolas Sarkozy aux agriculteurs français, confrontés à une crise sans précédent dans une majorité de productions depuis une trentaine d’années. « On attendait plus pour la profession ! », réagit Xavier Théron.
Venus présenter sur le terrain à Saint-Vaast-en-Chaussée, dans la Somme et devant la presse les effets concrets des annonces élyséennes sur la trésorerie des agriculteurs, Dominique Barrau et William Villeneuve, respectivement secrétaire général de la FNSEA et président des Jeunes agriculteurs (JA) attendent maintenant le « service après-vente » du « Plan Sarkozy », et « des actes ».
Mais les deux syndicats agricoles majoritaires affirment qu’ils ne renoncent pas à obtenir un taux d’intérêt à 0 % pour les prêts bancaires de consolidation (sur 5 ans généralement), annoncés par le chef de l’État pour un montant d’1 milliard d’euros.
L’agriculteur et son banquier
Nicolas Sarkozy a en effet consenti que l’État prenne en charge jusqu’à 1,5 % du taux d’intérêt – soit 60 millions d’euros – appliqué par les banques sur ces prêts, taux qui, dans le meilleur des cas, atteindront 3 %, voire 2,5 %. Mais reste encore 1 à 1,5 % à prendre en charge pour aboutir à un taux nul !
Quant à la partie « intérêts » des prêts déjà souscrits, elle sera prise en charge par l’État à hauteur de
200 millions d’euros en 2009 et 2010, en particulier pour les jeunes agriculteurs et les exploitants en grande difficulté, dont 100 millions relèveront du Fonds d’allégement des charges (FAC). Une mesure de type FAC est mise en œuvre dans le cadre du règlement communautaire dit « de minimis » pour lequel les aides accordées par un État ne pouvaient pas dépasser un plafond par exploitation de 7 500 euros.
Or, la Commission européenne vient d’autoriser l’augmentation de ce plafond jusqu’à 15 000 euros, une bonne nouvelle, si rare en direction de Bruxelles, ironise-t-on dans les campagnes.
Mais, désormais, il va falloir « batailler » avec son banquier qui garde toute latitude sur le niveau des taux d’intérêt. « Les réseaux local et départemental de la FNSEA et des JA vont accompagner les agriculteurs dans leur démarche individuelle auprès des banques, pour forcer la porte ! », explique Dominique Barrau.
Régions à la rescousse ?
Les deux syndicats agricoles espèrent aussi obtenir du côté des collectivités, Régions en tête, le coup de pouce supplémentaire pour arracher un taux nul. Le conseil régional de Midi-Pyrénées serait prêt à débloquer 2,5 millions d’euros qui pourraient permettre un tel taux d’intérêt, selon le secrétaire général de la FNSEA.
Mais une telle initiative fera-t-elle tâche d’huile ? Les fédérations départementales des deux syndicats vont en tout cas aller négocier au niveau de leur Région. Avec le dispositif annoncé par le président de la République et un taux à 0 %, « on peut arriver à accompagner la moitié des exploitations agricoles françaises », estime Dominique Barrau.
Reste au « Plan Sarkozy » d’être validé par l’Union européenne qui doit, dans quelques jours, dire s’il ne vient pas bafouer le credo communautaire du droit à la concurrence.
Xavier Théron, lui, avec ses 150 truies et 4 000 porcs vendus à l’abattoir chaque année, affiche un prix de revient de 1,32 euro par kilo de carcasse en 2009. Mais le prix payé à la production est en moyenne de 1,15 euro par kilo, et de 1,30 euro pour la moitié de ses porcs valorisée en filière qualité.
Cette année, sa trésorerie va accuser un déficit de 33 000 euros…



