Depuis le 1er janvier 2010, l’abattoir de Cuiseaux (groupe Bigard) n’accepte plus les bovins en provenance de certains marchands de bestiaux ou de certains foirails. Une décision que n’acceptent ni les marchands de bestiaux ni les responsables des foirails inquiets de voir se constituer un monopole qui cherche à leur imposer sa loi.
Le torchon brûle entre les foirails, les marchands de bestiaux de Bourgogne, Rhône-Alpes Franche-Comté et les établissements Bigard, notamment l’abattoir de Cuiseaux en Saône-et-Loire.
« L’origine de ce conflit, nous explique Christian Berthet, le président des marchands de bestiaux de Rhône-Alpes, tient à la décision de l’abattoir de Cuiseaux de ne plus passer par les foirails de Bourg-en-Bresse, de Saint-Étienne et de Chambéry pour approvisionner en bovins son abattoir de Saône-et-Loire ».
Évidemment, marchands de bestiaux et foirails s’insurgent contre cette décision unilatérale qui semble vouloir affaiblir les marchés et surtout les cotations des bovins qu’ils établissent chaque semaine.
Dans sa volonté de maîtriser le marché bovin et les prix de ses approvisionnements, le groupe Bigard devenu le premier opérateur français en abattage et transformation de viande depuis sa reprise de Charal, puis du groupe coopératif Socopa, considère le réseau des marchands de bestiaux et les foirails comme des obstacles à son ambition de devenir l’incontournable opérateur dominant de l’industrie de la viande bovine.
« La concurrence, l’âme du commerce …»
Réunis samedi 16 janvier 2010 à Villefranche-sur-Saône dans le Rhône, une cinquantaine de marchands de bestiaux venus de Rhône-Alpes, de Bourgogne et de Franche-Comté, des représentants d’éleveurs et des marchés concernés par l’oukase de Bigard se sont mobilisés pour dénoncer ce mauvais coup porté à la concurrence « qui est l’âme du commerce (…) et constitue un facteur de progrès économique », ont déclaré les participants à cette réunion.
Forts de leur bon droit, les représentants des marchands de bestiaux ont demandé et obtenu une rencontre avec les dirigeants de Bigard.
Mais, dès à présent, Christian Berthet ne cache pas que certains de ses collègues avaient demandé qu’une opération de blocage de l’abattoir de Cuiseaux soit mise en place.
Le président des marchands de bestiaux de Rhône-Alpes, en accord avec ses collègues, Hubert Burtin, président des marchands de bestiaux de Bourgogne et Marius Rollin, président des marchands de bestiaux de Franche-Comté, veut d’abord discuter avec le groupe Bigard et obtenir de ses responsables qu’ils reviennent sur cette décision.
« Après cette rencontre, il sera toujours temps de voir les intentions avouées ou cachées de Bigard et d’adapter la forme de l’action qui sera engagée à son égard », prévient le président des marchands de bestiaux.
La menace des monopoles
Christian Berthet reconnaît que « les marchands de bestiaux ne peuvent pas se passer du premier industriel français de viande ».
Pour autant, leurs entreprises pèsent sur les trois régions plus de 6 000 bêtes par semaine dont la moitié est dirigée vers les sites industriels du groupe Bigard. « Pas sûr que Bigard puisse se passer de nous », remarque Christian Berthet qui plaide pour que chacun puisse, dans la filière, exercer son métier.
« Le nôtre, c’est d’acheter des bêtes là où elles sont, là où le commerce s’exerce. Dans les fermes ou sur les foirails. Notre métier, c’est de constituer des lots, de parquer des bêtes, de les finir, de les transporter et de répondre à la demande des abattoirs… ». Ce métier est assuré par un grand nombre de petits opérateurs comme par de puissantes entreprises « et nous avons besoin de tout le monde pour constituer ce réseau de collecte des animaux », insiste Christian Berthet.
Pas question pour le président des marchands de bestiaux de Rhône-Alpes qu’un grand groupe s’arroge le droit de vie ou de mort économique sur un maillon de la filière pour mieux imposer sa loi.
Les marchands de bestiaux, partisans « du libre marché et de la concurrence loyale », s’inquiètent de ces dérives qui conduisent à la création de monopoles devant lesquels chacun n’aurait d’autre choix que de courber l’échine !



