Comment faire évoluer le coût d'utilisation du tracteur ? La FDCuma a posé la question, vendredi 19 février à Vevy, a plusieurs CUMA. Des expériences à partager.
Diminuer les charges sur les exploitations est l'enjeu du moment. Chacun apporte sa pierre à l'édifice. Et les Cuma ont un savoir-faire et une expertise à partager. Elles l'ont fait, ce vendredi 19 février à Vevy, lors de l'assemblée générale de la FDCuma.
« S'il est encore possible de gagner quelques euros sur les charges opérationnelles, le poste sur lequel il est le plus judicieux d'intervenir, c'est le matériel », lâche Patrick Mougeot, président de la FDCuma. L'assemblée générale, cette année, a porté sur un poste stratégique dans les exploitations : l'achat du tracteur.
Le coût d'utilisation du tracteur évolue selon le nombre d'heures : de 30 à 40 euros de l'heure s'il est utilisé seulement 200 à 300 heures par an, ce coût redescend à 14 euros de l'heure pour 600 heures. Partant de là, certaines exploitations ont sauté le pas pour investir en Cuma. Dans l'Ain, Didier Perdrix, adhérent de la Cuma de Vonnas et président de la FDCuma parle des raisons qui ont conduit à investir en juin 2009 dans un tracteur de 170 CV.
Plusieurs besoins sont apparus au même moment : 3 exploitations voulaient supprimer le labour et avaient besoin d'un tracteur plus puissant, la presse à balle carrée de la Cuma était tractée chaque année par un tracteur en location, une exploitation n'avait pas de tracteur, dans une autre il arrivait en bout de course...
Finalement, l'achat du tracteur en Cuma s'est fait sur l'engagement fort de 3 exploitations (130 heures, 100 heures et 80 heures), complété par l'utilisation en pressage (200h), le tracteur restant attelé à la presse de mai à la mi-août. « Tous les adhérents de la Cuma peuvent disposer du tracteur quand il est disponible. Nous voulions un tracteur simple, facile à prendre en main ».
L'investissement de 80 000 euros, pour le tracteur seul, est amorti sur 9 ans. La Cuma a bénéficié d'une subvention du conseil général de l'Ain de 15%.
Pour 2009, après 616 heures d'utilisation, l'heure a été facturée 27 euros, hors fuel. Les 3 principaux utilisateurs se sont engagés dans les parts sociales sur la base d'un volume d'utilisation minimum ( 100 heures par 20 euros de l'heure).
« Il faut oser, encourage Didier Perdrix. Des barrières, on peut toujours en mettre. Le premier tracteur, c'est un gros effort mais c'est une bonne opération ! Pourtant il ne faut pas forcer la main. Mieux vaut attendre un ou deux ans et que les choses se fassent naturellement »
Trois tracteurs en 10 ans
La Cuma de l'Avenir n'en est pas à son premier coup d'essai. En 1999, l'achat d'un tracteur de 85 CV avec chargeur a sauvé la Cuma en relançant son activité. Partant du postulat que si l'on arrive à travailler avec un tracteur en Cuma, tout serait possible après !
La Cuma modifie son règlement intérieur pour clarifier les problèmes de casse, notamment pare-brise, désormais « qui casse paye ». Joël Antoine, l'actuel président, a rejoint la Cuma l'année de son installation, en 2002, pour le tracteur.
En 2005, l'ancien tracteur est changé pour un 90CV sans chargeur cette fois. L'engagement pris par 4 exploitations porte sur 500 heures au total ce qui ramène le prix d'utilisation à 13 -15 euros de l'heure. En 2010, troisième renouvellement, toujours avec un 90 CV, cette fois amorti sur 12 ans, soit un coût horaire de 11 euros.
« Les exploitations sont dans un rayon de 5 km, de taille égale. En période de fenaison et de travail du sol, on se téléphone beaucoup ! ».
Avec le tracteur, la Cuma a modifié un peu son parc matériel : un épandeur 8 tonnes, une tonne à lisier plus importante et en 2009 un chargeur télescopique, sur la base de 600 heures d'utilisation.
Cuma intégrale dès l'installation
Retour dans l'Ain avec le témoignage de Laurent Vaboux, jeune agriculteur, adhérent d'une Cuma intégrale, la « Lilipass » de Champagne-en-Valromey. Sur les six exploitations aujourd'hui adhérentes à cette Cuma, le moteur, c'est l'organisation du travail.
« Nous sommes plusieurs jeunes agriculteurs, tous installés en même temps, avec quelques années d'expérience professionnelle à l'extérieur. Travailler ensemble, notamment pour les foins, nous motive, avec un matériel qu’on n’aurait jamais pu avoir en s'installant.
Des économies nous en avons fait aussi en revendant notre matériel d'exploitation, ce qui a permis de financer les parts sociales et d'avoir un peu de trésorerie ».
Les exploitations étant éloignées d'une trentaine de kilomètres d'un bout à l'autre, les chantiers sont organisés par zone. « On s'est spécialisé par tache. Toutes les heures sont notées mais on n'a pas encore fait d'échanges ».
Certains matériels que les exploitants ont conservés sont mis à disposition dans une banque de travail et tous les renouvellements se font en Cuma au fur et à mesure. La Cuma a acheté 3 tracteurs (125,100 et 90CV) dont deux avec chargeurs, un télescopique de 120CV, deux faucheuses portées et divers autres matériels.
Globalement l'économie pour une exploitation de 120 ha est de 6 000 euros par an. « J'ai moins de charges avec la Cuma, fuel et entretien compris, qu'avant avec les annuités pour payer le matériel ! » conclut Laurent Vaboux.
Pour conclure cette partie, le président Patrick Mougeot insiste sur le raisonnement des achats de matériels. « Les Cuma ne sont pas que des outils pour investir dans du matériel. La FDCuma travaille sur les coûts de mécanisation, avec le CER, dans une stratégie de pérennisation des exploitations. Nous partageons également avec les coopératives cette volonté de participer au développement d'un tissu rural ».
Enbref
> Les papiers en Cuma
Ce peut être le coût horaire d'un tracteur que l'on rentabilise en CUMA ou encore le coût d'un service. Ainsi, la Cuma d'Arinthod a fait appel à une personne extérieure pour la partie administrative.
« Nous avons 40 adhérents et une quarantaine de matériels, explique Jean-Paul Coulon, président de la Cuma. Gérer les encaissements de cotisations, les renouvellements de matériel, réfléchir aux achats de pièces de rechange, faire face aux obligations administratives.. Notre temps n'est pas élastique et il faut faire face au travail dans nos fermes. Nous avons opté pour un prestataire extérieur, en la personne de Corinne Comte, qui ne remplace pas le travail fait par la FDcuma ou le CER. Nous raisonnons en partenariat ».
Corinne Comte est du milieu agricole. Elle s'est installée auto entrepreneur pour offrir des services au niveau administratif aux Cuma et aux agriculteurs.
« Je souhaite aussi me former sur les déclarations Pac, réfléchir à l'amélioration des coûts, par le biais de centrales d'achat... » explique Martine qui démarre son activité. Elle intervient une dizaine d'heures par mois auprès de la Cuma d'Arinthod.
> Maintien des investissements
En 2009, les Cuma ont acheté 25 matériels pour un montant total de 1 004 539 euros. L'investissement par dossier est en moyenne de 40 000 euros avec un emprunt moyen de 27 000 euros.
Le recours aux emprunts a progressé de 10% par rapport à 2008, il est passé de 55 à 65%. « Fortement pénalisés par les conditions d'éligibilité ces 3 dernières années, les prêts MTS Cuma ont pu être maintenus à un niveau correct mais insuffisant », remarque Patrick Mougeot qui remercie le sénateur Gérard Bailly pour son intervention sur ce dossier.
Les taux sont incitatifs : 1,81% en zone de plaine et 1,31% en zone défavorisée, avec une échéance d'utilisation en septembre.
> Contrat mécanisation
Le contrat mécanisation 2009 signé avec le conseil général a permis de prendre en charge 38% des cotisations Cuma et 50% des journées d'animation dans les Cuma.
Un nouveau contrat 2010-2012 a été déposé en ciblant des actions visant à développer le contrôle pulvérisateur, le tracteur et la main-d’œuvre en Cuma, les bancs moteur, le travail avec les collectivités.
Au final, le budget réservé à ce nouveau contrat devrait être de 6% supérieur à l'année précédente. « Vous avez présenté un projet porteur », souligne Dominique Chalumeaux, président de la commission agriculture au Conseil général..
> Départ
Le président de la FDCumaa remercié Marc Germain qui quitte le bureau de la FDCuma.
Tu t'es beaucoup investi dans le développement des Cuma du Jura, pendant 24 ans au conseil d'administration Tu as le mouvement Cuma inscrit dans tes gènes », salue Patrick Mougeot. Les administrateurs lui ont remis en cadeau une cloche.
> Le RCFC entre en action
RCFC, Réseau Cuma de Franche-Comté. Il faudra s'y habituer. Le RCFC est l'organisme qui fédère les Cuma de Franche-Comté et qui remplace la FRCuma. La FDCuma du Jura s'est beaucoup impliquée dans la mise en place de la nouvelle structure régionale RCFC.
Didier Jasinski a été nommé responsable de l'animation et a travaillé sur les statuts, aussi le financement d'un demi-poste d'animateur par les chambres d'agriculture permettrait de régionaliser ce poste et pourrait être complété par un mi-temps consacré au contrôle de pulvérisateur.
La RCFC souhaiterait mettre en place un système qui se rapproche du contrôle des machines à traire et qui permette d'éviter les dérives dans les coûts proposés. « Sur ces deux postes, nous sommes en attente d'une réponse », signale Patrick Mougeot pour qui le RCFC doit avoir les moyens d'exister. Le RCFC a des missions techniques mais aussi politiques.
> Une convention avec le Crédit agricole
Au cours de l'assemblée générale de la FDCUMA du Jura, une convention a été signée entre le Crédit agricole de Franche-Comté et le RCFC portant sur une aide de 20 000 euros au mouvement CUMA, notamment par un appui d'animation aux dossiers investissements. Nous reviendrons plus en détail sur ce partenariat dans notre prochaine édition.
La FRSEA Franche-Comté ainsi que 11 autres régions ont manifesté à Paris le 27 avril pour défendre les grandes cultures. Parmi les revendications suivantes, laquelle vous semble la plus importante :
- 06 mars - 26 septembre 2010
Exposition à l'Écomusée



