«Bienvenue au 21e siècle !»
Festival des groupes
Jura agricole et rural
Publié le: 04 décembre 2008
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L’auteur du livre « Nourrir l’humanité » a dressé un tableau préoccupant des défis qui attendent l’agriculture au XXIe siècle : produire plus avec moins d’intrants |
Bruno Parmentier, directeur de l’ESA, a fait une intervention choc lors de l’assemblée plénière de la FNGeda. L’agriculture du 21e siècle est face à un défi d’une ampleur sans précédent : nourrir trois milliards de bouches supplémentaires alors que les marges de manœuvre sont considérablement réduites.
Invité par les organisateurs du Festival des groupes à dresser le tableau de l’agriculture de demain, Bruno Parmentier, ingénieur des Mines et économiste de formation, actuel directeur de l’ESA (École supérieure d’agriculture) d’Angers, s’est livré à un one-man-show détonnant.
Il a commencé par expliquer le spectaculaire redressement des cours du blé de l’hiver dernier par quelques formules lapidaires : « Depuis 26 ans, le cours du blé exporté baisse régulièrement, et ça fait bien longtemps qu’il est en dessous du coût de revient… C’est le moyen qu’on a trouvé pour contenir le Smic et rester compétitifs : ça s’appelle la Pac, vous payez la moitié du prix des aliments au supermarché, et l’autre moitié au percepteur ! Et là que s’est-il passé ? D’un seul coup le blé a repris 26 ans de baisse. Je vais vous décevoir, ce n’est pas de votre fait. Sur les dix dernières années, on a eu huit années de récoltes déficitaires et les stocks ont fondu… En 2007, on a atteint le fond, avec seulement un mois et demi de stock. Bon en 2008, 40 millions d’hectares de blé supplémentaires ont été semés et on a probablement fait la plus grande récolte de l’histoire de l’humanité, ce qui fait que les cours baissent de nouveau. »
Sur le ton de la confidence, il propose alors à ses auditeurs de leur dévoiler les cours pour les dix prochaines années, et prolonge le graphique d’un magnifique zigzag ! « Pour le lait, pareil, on a eu un problème de plomberie l’année dernière… oui, vous savez, ces gicleurs qu’on appelle les quotas, ils étaient trop serrés, mais c’est bon, là maintenant, c’est résolu. »
Le plus dur est devant
Après cette entrée en matière sur le ton de l’humour, Bruno Parmentier revient à des réalités dramatiques : images d’émeutes de la faim prises en 2007 (35 pays concernés), seuil du milliard d’êtres humains souffrant de la faim probablement franchi en 2009. « Vous, les agriculteurs, avez la paix entre les mains.En un siècle, vous avez réussi à nourrir 4,5 milliards d’habitants en plus, bravo ! Mais le plus dur est devant nous ! »
Première source de difficulté, le réchauffement climatique qui va soustraire des terres arables à l’agriculture (à l’échelle planétaire) en conjuguant la désertification des zones arides et la montée des eaux dans les deltas fertiles. « Il faut ajouter à cela les phénomènes d’échaudage, les ravageurs, les maladies fongiques, et pour le bétail l’irruption de maladies tropicales dans les zones tempérées. Avec la FCO vous en avez un exemple concret, on peut aussi penser à la fièvre du Rift, la peste équine, etc. »
Second obstacle, la raréfaction des terres cultivables par emprise croissante des logements, des infrastructures routières et ferroviaires, des zones industrielles… « Rien qu’en France, on perd l’équivalent d’un département tous les dix ans. En 1960, un hectare de surface cultivable nourrissait deux êtres humains, en 2006, il en nourrit quatre, et en 2050 il devra en nourrir six ! »
Or, la disponibilité de l’eau va poser rapidement problème : une tonne d’eau est nécessaire à la production d’un kilo de céréales « mais le blé est une plante intelligente qui pousse quand l’eau est disponible… pas comme le maïs qu’il faut arroser tout l’été. En 2050, les climatologues pensent qu’à Angers, on aura la météo de Nice ! »
Des billets de banque comme allume-feu
Compte tenu de la rareté et du caractère précieux des céréales aujourd’hui, et demain encore plus, l’ingénieur des Mines n’a pas de mots assez durs pour qualifier les agro-carburants : « Mais vous êtes devenus fous ? Est-ce que j’allume ma cheminée avec des billets de banque ? Manger ou conduire, il faut choisir : pour faire rouler l’ensemble du parc automobile français, il faudrait consacrer toute la SAU à la production d’agrocarburants ! »
Autre souci, les principaux leviers sur lesquels s’est appuyée l’augmentation de productivité agricole sont aujourd’hui à bout de souffle : « augmenter les superficies cultivées au détriment des forêts tropicales, est-ce bien raisonnable ? La chimie a tout donné à l’agriculture : l’engrais, les herbicides, les fongicides, et aujourd’hui les rendements plafonnent, il va falloir trouver autre chose ! »
Aussi l’auteur du livre « Nourrir l’humanité » a alors exhorté les participants du Festival des groupes à une « révolution doublement verte », qui tournerait le dos à « l’agriculture de laboratoire » pratiquée au XXe siècle, basée sur le labour, la culture d’une seule espèce et les sols nus en hivers : place à l’agroforesterie, aux cultures dérobées, aux haies... « C’est à vous d’inventer non pas une, mais 35 000 agricultures, une par canton ! Si vous êtes mauvais, c’est la guerre. »
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